Non à l’interdiction d’exporter du matériel de guerre
Voilà encore une initiative dont l’objectif est d’une indéniable noblesse, mais dont les moyens proposés n’ont aucun lien avec l’objectif visé. Qui ne souhaite pas la paix dans le monde ? Bien que tout le monde souhaite que les guerres cessent sur toute la planète, force est de constater que cela n’a, pour l’instant, jamais été le cas. L’initiative propose, dans un but de paix, d’interdire à la Suisse toute exportation de matériel de guerre. Une interdiction qui est, par ailleurs, déjà existante en ce qui concerne l’exportation vers les pays en conflit, dans lesquels les droits de l’Homme sont bafoués ou dans les pays les moins développés (voir pour cela la loi fédérale sur le matériel de guerre et la loi sur le contrôle des biens). L’existence de cette interdiction doit nous pousser à nous interroger sur les autres conséquences de l’acceptation d’une telle initiative.
Les conséquences concernent avant tout l’emploi. La production de matériel qui s’exporte vers nos principaux partenaires commerciaux, avec en tête l’Allemagne et les Etats-Unis (voir graphique ci-dessus), génère de l’emploi. Les initiants parlent d’un chiffre aux alentours de 5′000 emplois, les opposants d’un chiffre d’environ 10′000. Il n’est de loin pas évident de connaître un tel chiffre avec exactitude, en raison de la difficulté d’évaluer l’impact sur les sous-traitants des fabricants de matériel militaire. Et finalement peu importe : les conséquences ne pourront être autres que négatives. Elles seront négatives pour notre pays, mais sans doute positives pour le reste du monde parce que l’acceptation de l’initiative aura pour conséquence une simple délocalisation des emplois. Même si les initiants se prêtent à rêver que l’Etat viendra en aide aux nouveaux chômeurs, les usines d’armement ne pourront pas se transformer en usines de cellules photovoltaïques !
Une autre conséquence concerne la perte de savoir-faire. La majorité des producteurs d’armement produisent également du matériel civil. La recherche dans ce domaine étant très coûteuse, la plupart ne pourraient plus la financer en raison du manque à gagner lié à l’exportation de la partie militaire. Dans de tels cas, il est également difficile d’imaginer autre chose qu’une délocalisation pour poursuivre l’activité.
Pertes d’emploi, délocalisations et donc baisse des recettes fiscales, voilà tout ce que peut nous réserver cette initiative. L’exportation de l’armement est déjà soumise a de très lourdes restrictions, avec une législation qui est l’une des plus strictes en comparaison internationale et qui empêche l’exportation vers des pays en guerre. Dans une période de crise économique, ne sacrifions pas encore des emplois supplémentaires! Votons NON le 29 novembre à l’initiative « Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre ».
Documentation
- La brochure d’information du Conseil Fédéral
- Le texte soumis au référendum obligatoire
- La liste des consignes de vote des partis
- L’édition spéciale de Fokus pour la votation du 29 novembre 2009 (PDF, 807 Ko)
- « L’initiative du GSsA coûterait 10 000 emplois et 500 millions de francs« , exposé de Pascal Gentinetta (PDF, 88 Ko)
- « Avec l’interdiction d’exporter des armes le GSsA ne désarme pas…« , blog de Francis Richard, 12 novembre 2009
Autres références
- La loi fédérale sur le matériel de guerre (LFMG, PDF, 512 Ko)
- La loi sur le contrôle des biens (LCB, PDF, 484 Ko)
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Jérôme Hennet 
